La fatigue informationnelle au travail : une nouvelle forme de pénibilité ?
- Cyrille BOUREAU
- 14 janv.
- 3 min de lecture
La Fondation Jean Jaurès s’est récemment intéressée aux effets de la sur-sollicitation numérique sur les actifs au travail. Emails incessants, multiples réunions, sollicitations numériques : autant de sources d’interruptions qui fragmentent l’attention des salariés et peuvent, à terme, altérer leur qualité de vie au travail. Baptisé « fatigue informationnelle », ce phénomène s’impose peu à peu comme une nouvelle forme de pénibilité à prendre au sérieux.

Surinformation : des chiffres révélateurs
Une avalanche d’emails : les actifs disposant d’une boîte mail professionnelle reçoivent en moyenne 32 emails par jour, soit 160 par semaine, un chiffre qui peut grimper jusqu’à 225 pour les cadres.
Des réunions à répétition : en moyenne, les salariés participent à trois réunions par semaine, pour un total cumulé de 66 minutes. Un tiers de ces réunions se déroulent à distance, et les cadres y consacrent jusqu’à 3h25 chaque semaine.
Ces chiffres illustrent la pression grandissante exercée par les outils de communication et les processus de collaboration, et évoquent la difficulté croissante de gérer efficacement un flot d’informations continu.
Un travail fragmenté et morcelé
Selon l’étude de la Fondation Jean Jaurès, cette sursollicitation numérique génère une fragmentation du travail qui présente plusieurs inconvénients :
Interruptions fréquentes : entre un email urgent, une réunion qui s’ajoute à l’agenda et un message instantané, il devient difficile de se concentrer longtemps sur une tâche.
Morcellement des missions : le rythme de travail s’adapte de plus en plus aux notifications, imposant une succession de micro-tâches plutôt qu’un travail de fond ininterrompu.
Difficulté de planifier : lorsqu’on est régulièrement interrompu, planifier sa charge de travail et respecter ses objectifs peut relever du défi permanent.
Sentiment d’urgence : sollicité en continu, le salarié a souvent l’impression de courir après les messages et les demandes, générant un stress supplémentaire.
Baisse d’efficacité : la « reconcentration » après chaque interruption est chronophage. Sur une journée, la perte de temps nécessaire pour se replonger efficacement dans sa tâche peut avoisiner une heure complète.
Au-delà de la seule productivité, ces perturbations répétées peuvent engendrer des effets négatifs sur la santé psychologique, en alourdissant la charge mentale et en nourrissant un climat de tension permanent.
Un enjeu managérial et organisationnel
La fatigue informationnelle met en lumière un enjeu majeur : la nécessité pour les entreprises de repenser l’organisation du travail et d’accompagner les salariés dans la gestion de leur charge informationnelle. Quelques pistes émergent :
Limiter les sollicitations : mettre en place une charte d’utilisation des outils numériques (horaires d’envoi et de lecture des emails, temps de concentration sans interruption, etc.).
Réduire les réunions inutiles : évaluer la pertinence de chaque réunion et privilégier des formats courts et préparés (points d’étape, stand-up meetings).
Former les salariés : proposer des formations à la gestion du temps et des priorités, ainsi qu’à la communication asynchrone pour s’approprier les bons réflexes numériques.
Encourager le droit à la déconnexion : sensibiliser managers et équipes à la nécessité de préserver des plages horaires sans sollicitation, indispensables à la récupération cognitive.
L’urgence est réelle : faute de régulation, cette surinformation risque de devenir un facteur supplémentaire d’usure professionnelle et de dégradation du bien-être au travail. In fine, c’est la performance globale de l’entreprise et l’équilibre de ses équipes qui sont en jeu.
En reconnaissant la fatigue informationnelle comme une nouvelle forme de pénibilité, on ouvre la voie à une réflexion collective sur la manière d’organiser, de prioriser et de canaliser l’information. Dans un monde de plus en plus connecté, la recherche d’un équilibre numérique s’impose aujourd’hui comme une priorité pour garantir la sérénité et l’efficacité au travail.
Le lien vers l'étude de la fondation Jean JAURÈS
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